Zoom sur la sécurité des câbles internet sous marins en Afrique et en Asie

 
A l’heure où internet est devenu un enjeu économiquement majeur, mais aussi stratégique, il est légitime de s’interroger sur la sécurité des câbles optiques sous marins qui véhiculent plus de 95% du trafic internet et d’échange de données mondial. Car ces dernières années, nombre de pays et d’économies particulièrement en Afrique et en Asie, ont été victimes de coupures répétées ou de défaillances de leur réseau internet dues à la perturbation des câbles internet sous marins. Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, essayons de comprendre pourquoi utilise-t-on des câbles internet sous marins de télécommunications, et de voir s’il n’y a pas d’autres alternatives comme le satellite.
 
Pourquoi un réseau de câbles sous marins de télécommunications ?
 
 
Longtemps utilisée, la communication de données par satellite permet de relier par radio deux points distants de plusieurs milliers de kilomètres. L’avantage du réseau satellite par rapport aux autres technologies, c’est qu’il couvre de très vastes étendues. En revanche, il souffre de performances plus limitées que celles des technologies terrestres, en particulier filaires (latence élevée, débits limités et partagés), et d’un coût élevé pour l’usager. Il peut toutefois constituer une solution dans les zones éloignées ou privées de connexion ADSL ou de fibre optique, mais ne parviendra pas à répondre aux besoins actuels en connexion très haut débit. Ce qui l’explique l’option pour le câble optique.
Mais pour relier la terre toute entière par le réseau de câble, les opérateurs des réseaux télécom utilisent les océans pour tracer des routes sous marines dont le but est d’abriter les câbles optiques. Les océans et les mers assurent ainsi l’acheminement d’un réseau de câbles optiques sous marins connecté entre les continents, y compris les îles. Avec l’explosion de la demande d’internet, les câbles en fibre optique, dont les premiers déploiements remontent à tout juste,  vingt ans, ont progressivement envahi les sous-sols marins. On estime aujourd’hui à plus d’un million de kilomètres, l’étendue de ces câbles, soit 25fois le tour de la Terre, selon l’International Cable Protection Committee (ICPC), une association internationale qui s’occupe de leur protection. La croissance des réseaux sous marins n’est que la conséquence de très forts besoins en télécommunications, largement dopés par la mondialisation  de l’économie et le développement des économies Emergentes. Tous les continents sont désormais interconnectés entre eux, et de grands travaux sont en cours pour renforcer et accroitre les possibilités et les potentialités de connexion à très haut débit dans le but de désenclaver des populations éloignées en réduisant la fracture numérique – notamment en Afrique- et en palliant aux différentes coupures et pannes observées ces dernières années.
 
Les différentes vagues de coupures ou pannes du réseau de câbles sous marins et leurs conséquences négatives sur l’économie.
 
 
1-Polyéthylène
2-Bande de Mylar
3-Tenseurs en acier
4-Protection en aluminium pour l’étanchéité
5-Polycarbonate                                                                                                                                                            
6-Tube en aluminium ou en cuivre
7-Vaseline
8-Fibres optiques
Même s’il n’y a pas de statistiques globales, on estime à plusieurs dizaines de milliards d’euros, les pertes économiques dues aux différentes pannes du réseau de câbles optiques sous marins. Ces causes sont multiples. Les câbles sous marins peuvent être mis hors service par les chalutiers de pêche, un accrochage avec l’ancre d’un navire, des mouvements sismiques, des avalanches sous marines voire par les morsures ou accrochages d’animaux marins tels des requins et des baleines. En temps de guerre, par le passé, les câbles (téléphoniques et télégraphiques) ont été sectionnés par les troupes ennemies. Ce fut le cas pendant la première et la seconde guerre mondiale.
Les premières coupures sismiques de câbles internet sous marins sont intervenues en mai 2003 suite au séisme de Boumerdès, en Algérie. L’une des perturbations majeures survenues dans le système moderne  des télécommunications remonte à décembre 2006, lorsqu’un séisme de magnitude 7.1 avait rompu neuf câbles sous marins entre Taïwan et les Philippines entrainant l’interruption momentanée des liaisons entre l’Asie du Sud-Est et le reste du monde. Il avait fallu 49 jours pour que les connexions, provisoirement réorientées vers d’autres câbles, puissent fonctionner à nouveau à plein régime.
En 2005, le Pakistan avait été touché par la défectuosité d’un câble sous marin. Le câble était abîmé et connaissait des pannes d’alimentation électrique. Conséquences, le pays est paralysé, les compagnies aériennes et les institutions financières ont été gravement touchées. Le Directeur commercial de la Compagnie Air Blue, Nasir Ali, parle de « désastre total » car le système de réservation de la billetterie par internet s’est effondré. Les connexions de secours par satellite étaient trop lentes pour satisfaire tout le monde.
En 2007, ce sont des pêcheurs vietnamiens qui ont été indexés pour avoir mis les internautes de leur pays dans le black out internet. C’était un cas vraisemblable de vol de câbles.
En début d’année 2008, les internautes égyptiens et indiens ont connu une rupture d’un câble sous marin reliant l’Europe à l’Asie. Moins d’une semaine plus tard, plusieurs câbles sous marins étaient rompus plongeant plus de 84 millions d’internautes dans la galère. Selon AT & T, il y a eu une coupure du câble provoquant une interruption du flux des données, causant une série de ralentissements dans plusieurs Etats. Ainsi, la bourse égyptienne a été plusieurs fois plongée dans le noir sans compter les frustrations engendrées par l’incapacité des entreprises d’acheminer des milliers de courriers électroniques. Tarel Amer, Gouverneur de la Banque centrale d’Egypte a manifesté sa déception à l’égard de l’infrastructure mis en place. Des ancres de navires avaient été jugés responsables. Reliance Globalcom, propriétaire des câbles endommagées a repéré sur des images satellites, les navires Hounslow et Ann impliquant la Corée du Sud et l’Irak. Ils auraient lancé l’ancre en pleine tempête. La compagnie coréenne a reconnu les faits et a accepté de fournir une compensation financière. On apprend par la suite que les cinq câbles sous marins rompus, qui ont durablement affecté l’accès internet de millions d’internautes au Moyen Orient, seraient l’œuvre d’un sabotage, d’après  International Communication Union, une agence des Nations Unies. « Nous ne voulons pas nous avancer sur les résultats des enquêtes en cours, mais nous n’excluons pas qu’un acte délibéré de sabotage soit la cause du dommage causé aux câbles sous marins ces deux dernières semaines », explique le responsable de l’agence appartenant aux Nations Unies à l’AFP, des propos rapportés par le Sydney Morning Erald. Le Moyen Orient, et même une partie de l’Asie du Sud, ont été durement touchés par cette rupture de câbles, à la fois dans les communications internet et téléphonique. Des ruptures successives qui sont trop rapprochées pour ne pas laisser penser à un acte délibéré de sabotage. La thèse officielle de la rupture du câble sous marin Falcon, reliant les Emirats Arabes Unis à la République d’Oman, explique que la rupture est due à une ancre de bateau. Cette information officielle n’explique cependant pas les dommages causés aux quatre autres câbles endommagés sont situés à une très grande profondeur, dans une zone très peu traversée par les navires.
En juillet 2009, la rupture du câble SAT-3 reliant l’Europe à l’Afrique du Sud avait provoqué des difficultés de connexion au Bénin, au Niger, au Togo et au Nigeria, pénalisant ainsi un pan de l’activité économique.
En mai 2011, une nouvelle panne a affecté tous les abonnés du Bénin, du Togo, du Niger, une partie du Burkina Faso et du Nigeria. Toutes ces régions sont presque totalement privées d’internet et éprouvent de grosses difficultés en matière d’internet et de téléphonie internationale. En cause, la rupture du câble de fibre optique qui relie la région à l’Europe due à l’ancre d’un bateau à 16 km des côtes béninoises.
En février 2012, un câble de fibre optique, The East African Marine Systems (Teams) a été sectionné par une ancre de bateau, au large de Mombassa, ville portuaire du Kenya. D’après l’International Business Times, un autre câble, l’Eastern Africa Submarine System (Eassy), aurait aussi été endommagé occasionnant de graves perturbations aux internautes de la côte Est de l’Afrique. Selon la BBC, le trafic a été ralenti d’environ 20% dans de nombreux pays, du Kenya au Burundi, en passant par le Rwanda et la Tanzanie. Le site britannique indique aussi que les réparations vont durer quinze jours.
De 2003 à aujourd’hui, plusieurs pannes de câbles internet sous marins ont été enregistrées, paralysant des secteurs entier de l’économie basée sur la téléphonie (centres d’appels en inde et au Maghreb), l’internet (les banques, les compagnies aériennes, la bourse, les entreprises) créant de colossaux manques à gagner. Face à ces multiples désagréments à tendance répétitive, les Etats doivent adopter des mesures efficaces, pérennes et très strictes.
 
Quelles mesures pour lutter contre ces ruptures devenues récurrentes ?
 
Pour éradiquer ce phénomène récurrent, la sensibilisation et la géo localisation sur la présence de ces câbles est vitale. Il faut une campagne mondiale de sensibilisation des navires marchands et de pêche sur les zones de passage des câbles sous marins. Si en dépit des campagnes de sensibilisation, des navires venaient à sectionner des câbles, ils seront jugés entièrement responsables des frais liés à la réparation, mais aussi responsables des dommages financiers et moraux  causés à des milliers d’internautes et d’entreprises. Il faudra une législation régionale ou internationale sur la question. L’association International Cable Protection Commitee (ICPC) dont le but est de protéger les câbles sous marins, sera appelée à jouer un rôle majeur dans ces négociations. Pour l’instant, les navires câbliers ne sont pas prêts de chômer.
Afin de ne pas être dépendant des aléas liés à un seul réseau de câble sous marin, les Etats doivent diversifier leurs sources de connexion.
En ce qui concerne le sabotage, seules des enquêtes approfondies peuvent permettre de distinguer une ancre accidentelle d’une ancre délibérée. On peut aussi se demander pourquoi ces pannes récurrentes en Afrique et en Asie et non pas dans les autres régions du monde. L’unique façon de lutter contre ce phénomène serait une coopération maritime étroite et renforcée entre les Etats car une telle lutte nécessite beaucoup de moyens de surveillance des côtes et d’échanges d’informations satellitaires.
 
Dr. Alassani Sanny AGNORO
Politologue
Expert/Consultant  Affaires Economiques, Stratégiques & Internationales
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